En PME industrielle
Six machines, aucune source : l’intégrateur a fermé
Que faire quand le prestataire qui a programmé vos machines a fermé, qu’il ne reste ni programmes ni accès administrateur, et que le parc est arrêté.
Blog · En PME industrielle
Les documents d’une entreprise industrielle existent déjà. Ce qui n’existe nulle part, c’est la raison des choix : pourquoi ce réglage, pourquoi cette tolérance, pourquoi on ne fait plus comme avant. Cette part-là part avec la personne, et elle ne se reconstitue pas.
J’ai passé cinq ans comme automaticien sur un site industriel. Mon rôle, dit sans détour : on m’appelait quand plus personne ne savait. Le guide IA en PME industrielle rassemble les autres sujets de ce type.
C’est une position qui apprend une chose. Dans une entreprise qui tourne depuis trente ans, l’essentiel de ce qui fait fonctionner l’outil de production n’est écrit nulle part. Il est dans trois ou quatre têtes.
Pas les plans. Pas les procédures. Pas les gammes. Tout ça existe, rangé quelque part, parfois même à jour.
Ce qui se perd, c’est la couche d’en dessous. Pourquoi ce réglage est à cette valeur et pas à celle du constructeur. Pourquoi on a arrêté de passer ce produit sur cette ligne en 2019. Ce qu’il faut regarder en premier quand ce défaut apparaît, et dans quel ordre. Quel fournisseur livre une matière qui demande un ajustement.
Cette couche n’est pas écrite pour une raison simple et imparable : celui qui la détient ne la voit pas comme du savoir. Pour lui, c’est évident. On n’écrit pas ce qui est évident.
Et quand la personne part, l’entreprise ne perd pas un document. Elle repart de zéro sur un sujet qu’elle maîtrisait, elle refait des erreurs déjà faites, et la qualité du produit baisse pendant le temps que dure le réapprentissage. Ce qu’on relie rarement au départ de quelqu’un, parce que la baisse arrive des mois après.
Un à trois ans avant le départ. C’est le moment où il faut lancer le travail.
Avant, personne ne s’y met, parce que rien ne presse et qu’il y a toujours plus urgent. Après l’annonce du départ, il reste souvent quelques mois, et une passation de quelques mois ne transmet que ce qu’on a le temps de montrer, c’est-à-dire les cas courants. Les cas rares, ceux pour lesquels on appelle justement cette personne, ne se présentent pas pendant la période de passation.
Une entreprise qui produit sait qui part dans les trois ans. Cette liste est le point de départ, et elle ne demande aucun outil.
Pas en demandant d’écrire. Une consigne de rédaction donnée à quelqu’un qui a trente ans de métier produit trois pages génériques qui ne servent à rien, et il le sait en les écrivant.
On capte en questionnant sur des cas. On prend une situation réelle, un défaut qui est arrivé, une machine qui a été modifiée, un produit qui a posé problème, et on demande ce qui s’est passé, pourquoi telle décision a été prise plutôt qu’une autre, ce qu’on avait essayé avant, et ce qu’on ferait différemment si ça recommençait demain. La parole vient toute seule. C’est une histoire, pas un exercice.
Ces entretiens s’enregistrent, se transcrivent, et se rangent par sujet. Une première campagne se dimensionne en nombre de sujets à couvrir, pas en durée : on liste ce que la personne est seule à savoir, on trie, et on prend les premiers.
Avant même les entretiens, il faut que les documents existants soient retrouvables, ce qui est un chantier en soi : ranger 20 000 documents sans en perdre un. Ensuite seulement, une machine sert à quelque chose, et c’est ce que décrit l’assistant sur vos documents. Elle rend l’ensemble interrogeable en langage courant : un nouvel arrivant demande pourquoi ce réglage, et il obtient la réponse avec sa source, c’est-à-dire l’entretien ou le document d’où elle vient. Sans la source affichée, personne ne fait confiance à la réponse, et il a raison.
Les droits d’accès. Tous les documents d’une entreprise industrielle n’ont pas à être lisibles par tous. Les autorisations existantes doivent se retrouver dans l’outil, sinon il devient une fuite organisée.
L’isolement des données. Une base par entreprise, sans mutualisation, hébergée en France ou sur vos propres machines. Ce qu’il y a là-dedans, c’est le savoir-faire qui vous distingue de vos concurrents, et c’est la dernière chose à mettre dans un espace partagé. Le reste de ce que je fais sur le traitement des données sensibles est dans les données sensibles ne rentrent pas dans l’outil.
La liste des personnes qui partent dans les trois ans, et en face de chacune, les sujets sur lesquels elle est seule.
Cette liste tient sur une page. Elle se fait en une réunion. Et elle suffit déjà à savoir si le problème est théorique ou s’il arrive dans dix-huit mois.
Le reste peut attendre. Pas cette liste : elle a une date de péremption, et ce n’est pas vous qui la fixez.
Jérémy Buyle
Ingénieur indépendant. Je construis des applications et des automatisations sur mesure pour les PME de 5 à 50 personnes, livrées testées, garanties 30 jours, et qui vous appartiennent. Lire le guide correspondant.
En PME industrielle
Que faire quand le prestataire qui a programmé vos machines a fermé, qu’il ne reste ni programmes ni accès administrateur, et que le parc est arrêté.
Les questions qu’on me pose
Assembler une chaîne avec un outil du commerce va vite au départ. Ce qui sépare cette voie du code sur mesure se voit au douzième mois, pas au premier.
Les tâches qui reviennent
Pourquoi un import de catalogue se livre par lots, ce que le premier lot de 50 produits a montré, et pourquoi le travail n’est jamais l’import.
Dites-moi qui la fait, combien de fois par semaine, et avec quels logiciels. Je vous réponds sous vingt-quatre heures, par écrit, avec une première lecture de ce que vous m’aurez décrit. Si la tâche ne se prête pas à un outil, je vous le dis et je vous explique pourquoi.
Une tâche répétitive ne coûte jamais d’un coup : elle prend deux heures cette semaine, deux heures la suivante, et personne ne la voit jamais passer dans un budget. Le calcul se fait en deux minutes et il se fait sans moi.
Décrire ma tâche Calculer ce que la tâche vous coûte par an